• Elsa Nédélec

Sustainable brands Paris 2019 - les dessous green de l'événement





Lors du salon Sustainable Brands Paris 2019, 1er du nom en France, j’ai eu la chance de participer à la visite de l’événement sous l’angle de l’éco-conception. Cécile Boulay, qui a coordonné l’organisation et Donatienne Lavoilloite-Munier, référent RSE* sur l’événement, ont pris le temps de nous emmener faire le tour du propriétaire et nous ont livré des clés passionnantes sur la production de cet événement qu’elles ont voulu exemplaire.


Petit rappel sur « Sustainable Brands »

Cette licence américaine existe depuis 2006 et vise à sensibiliser les responsables de grandes marques aux enjeux du développement durable à travers des événements très « sélect » mêlant conférences, ateliers, et networking. Cette année pour la première fois la franchise Sustainable Brands a posé ses valises en France ! C’est l’agence Pixellis qui a remporté l’appel à projets pour le déploiement du premier événement en France, emmenée par son responsable innovation et prospective durable, Guillaume de Vesvrotte, qui a eu l’idée d’en faire un format d’ampleur Européenne pour mieux convaincre les Américains de confier les clés de la maison.



Cécile Boulay, coordinatrice de l'événement, et Donatienne Lavoilloite-Munier, référente RSE sur l'événement

Au commencement il y a la charte

Avant de se lancer tête baissée dans l’organisation de l’événement, l’équipe de Paris a créé sa charte pour pouvoir définir une politique d’achat et partenariats cohérente avec les enjeux du développement durable. On nous explique que « la manière de penser le sujet n’est pas du tout la même aux Etats-Unis qu’en France ». Cette charte va donc plus loin en réalité que celle du label existant Sustainable Brands et l’événement a été pensé pour le marché Européen, avec notamment des tarifs « accessibles » pour les « change-makers » qui ne disposent pas forcément des mêmes moyens que les entreprises établies. Sustainable Brands Paris a donc choisi de se construire autour de cinq engagements (transparence, respect, inclusion, partage et innovation/disruption) et trois principes d’achats alignés avec les piliers du développement durable. Voir ici le détail de la charte téléchargeable gratuitement.

La transparence est déjà bien au rendez-vous puisque la visite nous a permis de découvrir les coulisses de l’événement et les documents clés telles que la charte et le cahier des charges technique, sont ouverts à tous.


L’humain au cœur de la démarche :

Nos guides ont insisté sur l’importance du design de l’équipe de production pour réussir le challenge de mettre en place un événement « responsable ». « Il faut s’appuyer sur un(e) expert(e) RSE dédiée à la conception de l’événement » nous explique Cécile Boulay car « c’est l’humain qui va faire que l’événement est responsable ! » : aller chercher tout le monde, engager les parties prenantes, sensibiliser avec des documents supports.

Allant plus loin, Cécile a eu la volonté de mettre la notion de bonheur au travail au coeur de la démarche, en articulant le projet autour de la notion d’écoute et de partage, avec une volonté forte de co-construire avec les partenaires. Il se dégage d’ailleurs une ambiance positive et décontractée dès le début de la visite qui se perçoit tout au long du parcours, à la rencontre des équipes internes et externes, et qui commence par la personnalité de Cécile : « le ludique doit être important ». Big up pour cette belle énergie, qui va bien au-delà du discours, ce n’est pas toujours gagné dans les contextes de rush de notre monde moderne…



Une sélection fine de prestataires engagés :

A la faveur d’un cahier des charges exigeant et en cohérence avec la charte, Cécile et Donatienne ont sélectionné et co-construit l’événement avec une variété de prestataires atypiques à fort impact positif. Elles ont cherché à maximiser l’impact social en ayant recours prioritairement à des entreprises d’insertion ou travaillant avec les ESAT (Etablissements et Services d’Aide par le Travail). Mais aussi à encourager la parité ; par exemple il y a eu une attention particulière au fait d’avoir aussi bien des hôtes que des hôtesses d’accueil sur l’événement. Pour les repas, les traiteurs retenus semblent complètement alignés avec la charte : La guinguette d’Angèle utilise principalement des produits bio, locaux et de saison. Le traiteur Les cuistots migrateurs est « le premier traiteur de cuisines du monde qui emploie des cuisiniers réfugiés. »



Objectif Zéro déchet – ou presque !

La question des déchets a tout particulièrement été étudiée pour permettre un maximum de circularité sur les biens et produits consommés, autour de 3 axes :



En rupture avec l'événementiel de standing on a ici des bonbonnes et carafes d'eau du robinet.

1/ limiter la consommation de ressources. Par exemple ne pas avoir mis de moquette ou ne pas avoir prévu de tee-shirts / habits spécifiques de reconnaissance pour le staff. En effet « le meilleur déchet c’est celui qu’on ne produit pas » nous rappelle Cécile !

C’est aussi avoir le courage de refuser certains « goodies » ou produits aux emballages polluants que peuvent proposer les marques partenaires.

Pas de bouteilles plastiques sur l’événement

mais des bonbonnes d’eau et des carafes pour boire l’eau du robinet.


2/utiliser autant que possible des produits recyclés / recyclables

Le mobilier de l’événement a été notamment sourcé auprès de la Collecterie, recyclerie qui donne une deuxième vie aux objets, et qui favorise la transmission de savoir-faire artisanaux ainsi que l’insertion de publics éloignés de l’emploi. Les coussins ont été fournis par Les Résilientes, ces coussins sont remplis de matières issues des dons faits à l’association Emmaüs. Lorsque nécessaires, les revêtements ont été commandés auprès de l’entreprise JMT, qui travaille en cradle to cradle (c’est à dire du berceau au berceau)**. Plusieurs start-ups ont proposé des idées passionnantes en termes de matériaux durables, toutes n’ont pas pu être retenues, mais l’équipe a choisi de les mettre en lumière en proposant un espace « matériothèque » aux visiteurs. Sympa !



Un soin tout particulier mené sur les déchets avec quantité de containers différents pour le recyclage ou le réemploi. Les personnels ont dû être spécialement formés pour maîtriser le tri que cela implique..

3/ prévoir en amont les filières de retraitement / réemploi : un gros travail est à prévoir face à la complexité des filières ; on a pu un découvrir dans le local à poubelles tout un set de containers différentes correspondant à autant d’organismes spécialistes dans un domaine de retraitement de déchets, parmi lesquels :

· Moulinot pour les bio-déchets,

· Terra Cycle capable de recycler les déchets habituellement non recyclés,

· le Chaînon Manquant : permet de donner les repas non consommés à un réseau d’associations partenaires pour une consommation le jour même


Le premier jour il n’a ainsi été produit « que » 3 tonnes de déchets D B, ce qui, d’une part représente peu par rapport à d’habitude, et par rapport au nombre d’inscrits (2500) - et qui, d’autre part, provient principalement des partenaires (comprendre les marques présentes sur le salon) qui n’ont eux pas encore vraiment conscience de leurs déchets.




La scène principale, où l'on voit le mix échaffaudage & jeu de lumières

Le challenge : "brander" sans polluer

Un des principaux challenges que nous remonte l’équipe de production a été de trouver le juste équilibre par rapport à l’ADN de l’agence Pixellis. « Pixellis étant une entreprise de branding, il fallait que ça se voit ! C’était important pour nous que ce soit beau » nous précise Bruno Vinay, en charge notamment de l’expérience utilisateur sur l’événement.

Qui ajoute « Il fallait donner envie aux directeurs marketing, communication... parler leur codes ! ». L’événement s’assume d’ailleurs comme très différent et complémentaire de son cousin Français, Produrable, qui est effectivement beaucoup plus neutre en termes d'image et moins esthétique (NDLR).

Pour répondre à la double contrainte désirabilité - durabilité, l'équipe production n'a pas hésité à sortir des sentiers battus ! Par exemple, pour changer des stands classiques, ultra-consommateurs de matériaux jetables, des échafaudages couplés avec des toiles en PET recyclable ont été utilisés pour délimiter les différents espaces. L’intention étant que ces toiles puissent être réutilisées pour de futurs événements. Ou encore le choix a été fait de ne pas habiller les vérins qui sous-tendent la grande scène mais plutôt d’utiliser un jeu de lumières pour scénographier l’espace : une idée « artistique », disruptive et qui a permis de moins consommer de matériaux ! Il en ressort une ambiance qui allie les codes d’un nouveau monde proche de celui des « makers » tout en conservant le glamour du marketing.



Déco ambiance forêt urbaine high tech

Le coût et la valeur

Conjuguer une ambition d’événement à impact positif (notamment environnemental) tout en restant de haut standing, s’est semble-t-il fait au prix d’un effort financier évalué - grosse louche - à 20% plus cher que de l’événementiel « classique ». Compte-tenu du caractère pionnier de cet événement, de la qualité de l’expérience et de son impact social et environnemental, ce surcoût paraît en fait relativement faible, démontrant que la motivation d'une équipe mobilisée intelligemment permet de transformer les contraintes en opportunités, et de produire des choses tout à fait réussies dans des coûts maîtrisés. Il est de toute façon difficile de mesurer la "rentabilité" d'un tel investissement à court terme; tout ce qu'on peut dire c'est que l'agence Pixellis a investi un gros paquet pour son capital de marque "durable", avec une valeur créée aussi bien pour elle que pour le territoire et la société en général. D’autant que Sustainable Brands Paris entend avoir un « role modell » et emmener dans son sillon d’autres organisations, à l’instar de Viparis, qui était d’ailleurs présent durant la visite guidée. L’équipe production a été jusqu’à créer le Label WERESPECT pour promouvoir sa démarche responsable et encourager les acteurs de l’événementiel à marcher dans ses pas.



L’équipe admet d’ailleurs qu’elle peut encore progresser et compte bien capitaliser sur son

expérience pour l’année prochaine. On peut par exemple challenger le niveau de consommation d’énergie, aussi bien au niveau des éclairages que via la présence des nombreux écrans à

l’entrée, mais cela reste tout de même quantité négligeable par rapport à la globalité des efforts menés. En termes de géographie, le lieu du Carroussel du Louvre est très accessible, haut de gamme et attractif à l’international, néanmoins on peut se demander si cela correspond à ce qu’on imagine quand on pense à un futur désirable.

Peut-être que l’année prochaine les équipes choisiront un espace plus au contact de la nature, et davantage traversé par la lumière naturelle.


En résumé, Cécile parle d’une aventure « difficile mais ludique ». Bravo en tout cas à l’agence Pixellis d’avoir pris des risques pour nous montrer qu'il est possible de conjuguer au présent (et non au futur) marketing événementiel, responsabilité sociétale et joie de créer !




*RSE : Responsabilité Sociétale des Entreprises

** Cradle to Cradle : "du berceau au berceau" : concept anglophone qui prône une utilisation circulaire des ressources, et qui a vu le jour a travers le Best-seller du même nom, écrit par le chimiste allemand Michael Braungart et l'architecte américain William McDonough

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